J’ai testé le système de santé au Québec

Installés au Québec, nous avons toujours redouté le moment où un membre de notre famille aurait besoin de consulter un médecin. Comment ça se passe : rendez-vous, attente, coût, assurance médicaments… J’ai testé le système de santé au Québec.

Il fallait bien que ça nous arrive un jour. Ce n’est qu’au bout de 18 mois à Montréal que nous avons dû consulter un médecin. Bien sûr, nous avons été malades. Mais nous n’avons pas eu besoin de recourir à un médecin pour nous soigner. Beaucoup d’immigrés ou de futurs immigrés souhaitent savoir comment ça marche au Québec. Alors voici notre expérience.

La RAMQ : Régie de l’Assurance Maladie du Québec

La première chose à savoir sur le système de santé au Québec, c’est comment fonctionne la RAMQ.

S’inscrire à la RAMQ

S’inscrire à la RAMQ est une des premières démarches à faire lorsqu’on s’installe au Québec. Les immigrants sont admissibles selon certaines conditions.

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Pour les résidents permanents, il y a 3 mois de carence à partir de son inscription. Mais le Québec a conclu des ententes de sécurité sociale avec certains pays. En général, l’entente s’applique pour ceux qui s’installent au Québec de façon permanente ou lors d’un séjour pour le travail, les études ou un stage. Il faut cependant faire certaines démarches pour se prévaloir d’une telle entente, comme la demande d’un formulaire à votre sécurité sociale avant votre départ. A ce moment, la carence de 3 mois ne s’applique pas. 

Ensuite, il est important de savoir que l’inscription n’est pas définitive. Pour rester admissible, il faut être présent au Québec 183 jours ou plus par année du 1er janvier au 31 décembre. Et la RAMQ réclame des preuves de résidence pour renouveler nos droits. Nous avons fourni des justificatifs de résidence (et le bail n’est pas reconnu) : certificat de scolarité ou relevés de notes pour les enfants et fiches de paie, attestations de formation ou relevés de banque pour nous.

La RAMQ et nos droits

Les personnes assurées peuvent alors bénéficier gratuitement des soins médicaux couverts par le régime public d’assurance maladie. Ce sont les soins nécessaires sur le plan médical et rendus par un médecin omnipraticien (appelé aussi « médecin de famille » ou « médecin généraliste ») ou par un médecin spécialiste : examens, consultations, actes diagnostiques et thérapeutiques, chirurgie et anesthésie et radiologie. 

En savoir plus : RAMQ

Le médecin de famille

Au Québec, il faut un médecin de famille. Mais tout le monde le sait, c’est le principal problème du système de santé au Québec. Trouver un médecin de famille qui accepte de nouveaux patients tient du miracle. Le GAMF, guichet d’accès à un médecin de famille, est un service en ligne qui facilite l’accès à un médecin de famille, en permettant à une personne de s’inscrire sur une liste d’attente centralisée. Le délai d’attente peut varier selon l’état de santé de la personne, le nombre de médecins qui acceptent de nouveaux patients dans sa région et le nombre de personnes inscrites sur la liste d’attente.

Nous nous sommes inscrits auprès du GAMF en décembre 2017 et pas de nouvelles depuis. Nous n’avons déclaré aucun problème de santé particulier. Le gouvernement estime à 60% le nombre de Montréalais ayant un médecin de famille, contre 80% dans le reste de la Province. Autant dire que nous allons attendre longtemps…

Comment se soigner sans médecin de famille ?

Alors, comment faire lorsque l’on tombe malade ? Bien sûr, je ne parle pas de maladies graves. Je parle de rhume, grippe, gastro-entérite… Nous n’avons plus d’enfants en bas-âges. Donc, cela nous rend les choses plus faciles. Le système de santé au Québec est très différent de celui de la France.

Ici, le premier réflexe à avoir lorsqu’on est malade est d’aller à la pharmacie. Après avoir expliqué l’objet de notre visite au comptoir d’accueil, on attend que le pharmacien nous appelle. On lui explique les symptômes et il nous conseille sur les médicaments les plus adaptés. Des médicaments sans ordonnance bien évidemment. Toutefois, je trouve ces médicaments assez efficaces pour la majorité des petites maladies. Les rayons sont immenses et les options sont très nombreuses pour combattre les angines, rhumes, allergies, et autres maux courants. 

Comment consulter un médecin sans médecin de famille ?

Mais parfois, cela ne suffit pas. Après 4 semaines de toux persistante, je me suis décidée pour aller voir un médecin. Ou plutôt un collègue bienveillant m’a un peu poussée en me trouvant un rendez-vous le matin même. Comment ?

Bonjour santé : un service pour obtenir un RDV 

Et bien, en utilisant le service « Bonjour santé« . Ce service permet de trouver un RDV dans les 24h autour de notre domicile ou lieu de travail. En se connectant sur le site web, il faut entrer son numéro d’assurance maladie, son code postal et le site propose plusieurs possibilités de rendez-vous avec un médecin avec la localisation et la distance de votre lieu d’origine. Mais ce service n’est pas gratuit. Soit on s’abonne, pour soi ou sa famille, soit on paye à la recherche : 17,25$. C’est le prix à payer pour éviter d’attendre des heures dans une clinique sans rendez-vous ou d’engorger les urgences pour une consultation qui n’est pas une véritable urgence.

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Pour ma part, j’ai obtenu un choix de 3 RDV : en me connectant à 9h, j’ai obtenu un RDV le matin même, à 11h50, dans une clinique située à 2 km de mon bureau. Idéal pour ne pas perdre une journée de travail. Le RDV est confirmé par courriel. Et j’ai même reçu un rappel par téléphone et SMS. En savoir plus : Bonjour Santé

Clinique En Route : ma consultation chez le médecin

Système de santé au Québec MonblogquebecJe suis arrivée à 11h45 à la clinique, avec mon courriel de confirmation. L’assistante me demande ma carte soleil (Carte de la RAMQ qui prouve votre éligibilité) pour créer un dossier et me prie de patienter. Elle signale qu’une panne de métro le matin même a engendré des retards des médecins et donc une attente plus longue. Pas de chance pour moi. Une infirmière appelle les patients 3 par 3. Ce n’est qu’une heure plus tard que mon nom est prononcé. 

Dans la même clinique, ma collègue a été reçue en 15 minutes le mois précédent. Je pense donc que la panne de métro n’a pas joué en ma faveur ce jour là. 

L’infirmière me dirige dans un box. Elle m’installe, me questionne sur le but de ma visite, les allergies, traitements médicaux et prend ma tension. Tout est prêt pour le médecin. Elle arrive 10 minutes plus tard. Questions, occultation et verdict : « Les poumons ont l’air clairs, mais on va faire une radiographie des poumons et des sinus. On pourra ensuite décider si des antibiotiques sont nécessaires. » Elle me prescrit tout de même 3 médicaments et me donne un papier pour la radio. Le médecin me précise qu’elle me rappellera si les résultats le nécessitent. Et rien à payer pour le RDV. Avec la carte soleil, rien n’est à avancer.

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Une radiographie dans l’heure et sans rendez-vous

Système de santé au Québec MonblogquebecEn sortant, je suis dirigée vers le cabinet de radiologie, quelques mètres plus loin. En donnant mon papier, la réceptionniste créée mon dossier et me demande de patienter quelques minutes. Quoi, je vais avoir une radio de suite ? Et oui, 15 minutes plus tard, je suis appelée. 20 minutes après, mes radiographies sont faites. Et toujours rien à payer

Comment obtenir ses médicaments à la pharmacie ?

Après un retour au bureau, 2 réunions et quels dossiers à gérer, je décide de passer chercher mes médicaments à la pharmacie en sortant, afin de commencer mon traitement au plus tôt. Je tiens à préciser qu’au Québec, les pharmacies proposent de très larges plages horaires d’ouverture : 8h-22h 7j/7. Moi, je dis bravo !

Rupture de stock dans la 1ère pharmacie

En arrivant, la personne à l’accueil me demande ma carte RAMQ et mes coordonnées pour créer mon dossier. Et quelles questions de santé comme les allergies, traitement en cours, type de contraception…. Ensuite, je lui remets l’ordonnance, que je trouve très simple au passage.

Et elle me prie de patienter. Quelques instants plus tard un pharmacien vient me voir pour m’annoncer que le sirop prescrit est en rupture indéterminée. Et pour en avoir un autre équivalent, il faut contacter le médecin. Impossible, puisque ce n’est pas mon médecin de famille.  Le médecin qui m’a reçue n’est pas présente tous les jours dans cette clinique, et sûrement partie ce soir à 18h30. Il me conseille donc d’essayer une autre pharmacie et me rend ma carte et mon ordonnance. Décidément le sort s’acharne un peu aujourd’hui.

Médicaments disponibles, mais avec un peu d’attente…

Dans le seconde pharmacie, beaucoup plus grande, je commence par demander la disponibilité du sirop avant de faire créer mon dossier. On ne sait jamais… Et miracle, le sirop est en stock. Alors, on recommence pour le dossier et les questions médicales. J’accepte de prendre les génériques. En fait, je crois ne pas avoir le choix avec mon assurance santé. Et puis, en venant de France, on est habitué aux médicaments génériques. On me prie à nouveau de patienter, mais en m’annonçant un délai de 20-30 minutes d’attente ! Quoi ? Et pourtant, il n’y a que 2/3 personnes devant moi. 

Une salle d’attente est prévue à cet effet. Alors j’attends patiemment, comme les québécois savent si bien le faire. Après 35 minutes, mon nom est appelé. La personne m’explique que ma carte d’assurance santé n’est plus valable. Ah oui, avec tout ça, j’ai oublié ce détail. Mon employeur vient de changer d’assurance collective, suite à leur augmentation exorbitante de tarif +17%. Et comme c’est récent, je n’ai pas encore reçu la nouvelle carte. Bon, pas grave, je pourrais leur envoyer la feuille directement ou revenir à la pharmacie dès que j’aurais la carte.

Je dois payer cette fois : 139$ pour 3 médicaments. Un peu cher. Sans assurance santé, ils ne sont pas remboursés. Avec mon assurance collective, une franchise est appliquée. Elle est de 100$ par an pour toute la famille. Une fois payée, les médicaments seront remboursés. Et avec la carte, je n’aurais plus à avancer l’argent.

Après avoir reçu la carte de ma nouvelle assurance santé, je suis retournée à la pharmacie avec mon décompte de médicaments. Le pharmacien a actualisé mon décompte à 32$, ce qui correspond à la contribution de l’assuré pour les 3 médicaments. J’ai donc obtenu un remboursement de 106$. Et toutes les démarches ont été faites directement.

Ensuite, la personne m’indique que la pharmacienne souhaite me parler. En fait, elle m’explique soigneusement la posologie de chaque médicament. Et effectivement, ce sera bien utile pour la suite.

Les médicaments sont personnalisés 

Après 1 heure passée pour obtenir mes médicaments, je rentre chez moi pour les découvrir. Et là je comprends pourquoi l’attente en pharmacie est si longue. Chaque médicament est personnalisé. Une étiquette est collée sur chaque boite avec les coordonnées de la pharmacie, mon nom, un numéro de référence j’imagine, la date, le nom du médicament, le nom du médecin et la posologie. En plus, de petites étiquettes de couleur indiquent les faits importants : ordonnance non renouvelable, peut causer des étourdissements, rincez vous la bouche après chaque utilisation… Et pour le sirop, c’est un flacon avec la quantité exacte pour le traitement.  

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Bon, j’ai aussi 3 feuilles volantes recto verso avec les informations sur les médicaments. Et celles-ci, mieux vaut ne pas les lire. Elles regroupent tous les effets indésirables des médicaments et, croyez-moi, ils se protègent à outrance ici. Sans doute pour éviter les procès.

En cas d’urgence

Et si c’est une urgence ? Dans ce cas, il faut savoir quoi faire. Le premier réflexe est de considérer la situation : est-ce vraiment une urgence ?

Les urgences des hôpitaux

Attention les services gèrent l’attente en fonction de l’urgence des patients. Et si votre cas n’est pas considéré comme une situation d’urgence, l’attente sera plus longue. Toutefois, le gouvernement propose un service de relevé quotidien de la situation des salles d’urgence à Montréal et ses alentours. Sans doute utile à consulter, si c’est possible bien sûr.

Les cliniques médicales 

Sans médecin de famille, on peut prendre rendez-vous dans une clinique médicale. Il y en a près de 400 sur l’île de Montréal. Les cliniques appelées « cliniques-réseau » sont ouvertes pour des consultations sans rendez-vous 7 jours par semaine : 12 heures par jour en semaine et 8 heures par jour les fins de semaine. Trouver une clinique médicale sur l’île de Montréal et trouver une clinique-réseau sans rendez-vous.

Les CLSC ou Centre local de services communautaires 

Les CLSC font partie des centres de santé et de services sociaux (CSSS). Certains offrent un service de consultation médicale sans rendez-vous. Et certains proposent des examens, comme les radiographies. Trouver un CLSC. 

Le transport d’urgence est payant

Attention, ici, le transport d’urgence est payant. La tarification du transport en ambulance est déterminé par le gouvernement : 125$ + 1,75$/km + 35$ par accompagnateur, excluant la famille. Et une surprime est appliquée pour les non-résidents. Toutefois, il existe des programmes de gratuité. Et en cas d’accident, il ne faudra rien payer : pour les accidents de la route, c’est la SAAQ qui assume ces coûts de transports et pour les accidents au travail, c’est la CSST.

En conclusion
Un petit bilan rapide

Pour ma première expérience avec le système de santé au Québec, je dois dire qu’il y a du positif et du négatif.

Les + 
  • Obtenir un rdv le matin même, même sans médecin de famille
  • Faire des radiographies immédiatement et sans rendez-vous
  • Ne rien avoir payé pour le médecin et les radiographies
  • Avoir des médicaments personnalisés
Les –
  • Payer juste pour avoir un RDV
  • Passer 3h entre le médecin, les radios et la pharmacie
  • Ne pas avoir de suivi car le médecin ne te connait pas
  • Payer 139$ pour les médicaments, non remboursé sans assurance santé

Après quelques jours sans nouvelles de mon médecin provisoire, j’en déduis que les radios ne présentaient aucune anomalie. Et après 10 jours de traitement, plus de toux !

Je vais attendre le retour de mon assurance santé pour connaitre le remboursement réel des médicaments. Et je mettrais l’article à jour.

Prenons un peu de recul

Avec du recul, je sais que la difficulté de trouver un médecin au Québec est très critiquée. C’est le principal problème du système de santé au Québec. Et parfois très difficile à vivre. Mais, cela arrive aussi en France, en particulier en campagne. Et, le gouvernement québécois propose de plus en plus de solutions pour donner accès à un médecin en cas de besoin, même sans médecin de famille. En savoir plus : Trouver un médecin

Je suis consciente que les assurances santé sont très chères ici. Si je compare les prix de mon assurance santé au Québec avec ma mutuelle en France, c’est plus cher et il y a moins de remboursement. Par contre, il n’y a qu’1$ d’écart entre le tarif individuel et la famille de 5 personnes. Pourtant une part est payée par mon employeur. Tout comme en France depuis quelques temps. La majorité des assureurs ne remboursent aucun frais dentaires, aucun examen de la vue et encore moins les lunettes. Mais là encore, les mutuelles françaises réduisent d’année en année ces remboursements et augmentent régulièrement leurs tarifs.  

Les soins demeurent de qualité

C’est ainsi que fonctionne le système de santé au Québec. Et on le sait lorsque l’on vient s’installer au Canada. Toutefois, j’ai une amie québécoise qui a eu un cancer ; elle a été soignée et prise en charge de façon exemplaire. Pour moi, l’important reste la qualité des soins. Et là, je n’ai rien à dire. Ni pour moi, ni pour les personnes de mon entourage.

Si vous avez eu des expériences avec le système de santé au Québec, n’hésitez pas à me laisser des commentaires pour les partager avec les lecteurs. Pour ma part, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de mes prochaines expériences, même si je ne suis pas trop pressée de les vivre. 

2 réflexions sur “ J’ai testé le système de santé au Québec ”

  • 26 mai 2019 à 7:05
    Permalink

    Bonjour,
    Merci pour cette article (qui me sera je l’espère utile dans quelques temps). Par contre je me demande est ce qu’avoir un bébé fait passer les familles en tête de liste ?
    Nous sommes en Alberta et avec un peu de chance, nous devrions soit venir au Quebec soit en Ontario. Enfin je devrais plutôt dire revenir au Quebec.A part les urgences (pour un de mes garçons qui avait chuté), nous n’avions jamais essayé de voir un médecin de famille.Mais là, nous venons d’avoir un bebe. Ce qui m’inquiète si l’on doit revenir au Quebec, c’est de ne pas pouvoir faire suivre mon bebe. Ici, la sante en Alberta ne pose aucun soucis. Nous avons eu en 5 ans, 3 médecins de famille différents (à cause de déménagements) tous mieux les uns que les autres et tous avec une prise de rdv super rapide

    Réponse
    • 29 mai 2019 à 6:11
      Permalink

      Bonjour,
      Je sais que certaines situations médicales impliquent une priorité mais je ne peux pas vous dire si avoir un bébé en fait partie. Il faudrait vous renseigner directement auprès des institutions. A bientôt

      Réponse

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